5 millions de dollars de joaillerie ont disparu du Musée de l'Ermitage
4 suspects arreté dans le
vol del' Hermitage en ce moment
eux
cent vingt et une pièces de joaillerie ont disparu des collections de
l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, l'un des plus grands musées du monde.
Comment un tel trésor, d'une valeur de 5 millions de dollars, a-t-il pu se
volatiliser ainsi, vraisemblablement en plusieurs années ? Pour le
conservateur du musée, Mikhaïl Piotrovski, ces chefs-d'oeuvre n'ont pas pu
disparaître "sans la participation de collaborateurs du musée".
La police de Saint-Pétersbourg a ouvert une enquête, pour "vol à
grande échelle".
D'après le conservateur, quatre personnes avaient accès à ce dépôt, où
les émaux avaient été placés sous scellés en octobre 2005, après la mort
subite d'une conservatrice âgée de 46 ans. Au printemps, alors que son
successeur effectue une inspection avec le ministère de la culture, l'équipe
découvre la disparition de ces objets du Moyen Age et du XIXe siècle.
AFP/ANATOLY MALTSEV
Au Musée de l'Ermitage, à Saint-Petersbuourg, un gardien armé ouvre
l'oeil devant une toile de Rembrandt.
"Il ne faut pas parler trop vite d'un vol, met en garde Mikhaïl
Anikine, chercheur au sein du département de l'histoire de l'art à
l'Ermitage. Il s'agit peut-être, comme cela est déjà arrivé, d'un
changement de salle ou de musée." Il explique que la bureaucratie est
telle que des documents notifiant le déplacement de certaines oeuvres sont
parfois perdus et rappelle aussi que, parmi les gardiens de cette salle, trois
sont morts, selon lui, d'épuisement nerveux.
Au-delà d'un certain mystère, cette affaire met sérieusement en cause
les conditions de sécurité d'un des musées les plus riches du monde. "Nous
devons prendre vis-à-vis de nos collaborateurs des mesures de sécurité
aussi sévères qu'à l'égard des visiteurs", a déclaré le
conservateur du musée mardi 1er août, déplorant "la
perte des valeurs morales" dans la société.
Pour lui, les objets ont bel et bien été volés et sont peut-être déjà
à l'étranger. Toutefois, si, dans les années 1990, l'idée était de faire
du profit en les revendant en Occident, aujourd'hui les receleurs se tournent
vers le marché intérieur, faisant circuler les marchandises entre les
collectionneurs et les antiquaires.
Le palais de l'Ermitage, créé en 1764 sous le règne de Catherine II, a déjà
fait l'objet de vols. Le tableau Un bassin au harem, de Jean-Léon Gérôme,
disparu en 2001 en l'absence de toute protection électronique, n'a jamais été
retrouvé. Non plus qu'un vase estimé à 1 200 dollars, dérobé le 6 juillet
2006 dans les salles d'art décoratif russe. En revanche, un vase égyptien du
IIIe siècle avant J.-C., d'une valeur de 1 million de dollars,
disparu en 1994, a finalement été retrouvé.
Depuis dix ans, les musées de Saint-Pétersbourg ont enregistré près de
60 disparitions de leurs collections. "Tout cela montre la mauvaise
protection de notre héritage culturel", a déploré Boris Boïarskov,
directeur de l'agence fédérale chargée de veiller à la protection des
monuments culturels du pays.
Les régions ne sont pas épargnées. L'Etat estime que, sur les quinze
dernières années, le nombre des vols d'objets d'art en Russie atteint 55
000, représentant près de 1 milliard de dollars : 3 400 tableaux, 37 000 icônes,
1 500 livres rares, ainsi que des bijoux, médailles, instruments de musique,
disparus des musées, églises et collections privées.
Depuis 1992, tout acheteur d'un objet de valeur doit obtenir une
autorisation auprès du ministère de la culture. Un département spécial,
qui possède une liste de toutes les pièces qui ont disparu, a pu en
retrouver près de la moitié.